Un Jeudi du Second Souffle c'est un moment où des entrepreneurs parlent de l'échec de leur entreprise, de la façon dont ils ont pu le vivre et aussi et surtout comment ils ont su rebondir.
Le Jeudi auquel j'ai assisté était organisé par l’association Second Souffle le jeudi 3 décembre au Vivat à Lille.

L'échec, seuls ceux qui ont osé oser le connaissent

La soirée commence dans une ambiance conviviale et détendue. Autour de la table, ce sont 15 personnes qui sont réunies pour parler, échanger et partager leur vision de l'échec, comment ils y ont fait face et leurs manières pour l'affronter, le dépasser et rebondir.

Les personnes présentes ce soir sont d'anciens entrepreneurs, des salariés reconvertis, d'ex entrepreneurs en train de prendre un nouveau départ, un artisan, deux coaches, un multi-entrepreneur devenu prof, des retraités qui ont connu l'échec et ont su rebondir.

La soirée commence par un tour de table de présentation. Chaque participant se livre sur les raisons de l'échec de son entreprise et fait également part de ses motivations à être présent ce soir. A travers eux, ce sont des histoires concrètes, des tranches de vie qui sont données à voir et à entendre.

Les causes de l'échec doivent être cernées, comprises et analysées pour pouvoir rebondir en s’accrochant à une nouvelle idée. 

Christine Lecomte, responsable de l'antenne lilloise de Second Souffle, arrive très facilement à mettre chaque participant à l'aise en créant une ambiance sympathique et relâchée où les idées s’échangent simplement dans un espace où la parole est libre.

Rompre avec la solitude

D'une façon presque générale, chaque personne présente ce soir-là est d'accord pour dire que l'échec donne, à celui qui le vit, l'impression d'être mauvais, d'avoir raté quelque chose. Celui qui traverse cette période difficile de l'échec se retrouve dans une profonde solitude. Ce qui est sûr c'est que ce soir-là, tous les entrepreneurs présents ont pu être écoutés, compris et conseillés par les membres de Second Souffle.

Entre liquidation, tribunal de commerce et dépôt de bilan, la place laissée à l'espoir et au renouveau peut paraître mince, voire même dérisoire, mais la force de Second Souffle, c'est de tendre la main aux entrepreneurs et tout faire pour qu'ils surmontent ces difficultés et raccrochent le train de l'aventure entrepreneuriale. Second Souffle, ce sont aussi des membres disponibles pour les entrepreneurs, des membres qui n’hésitent pas à les aider à agir et prendre des décisions en période d'échec en leur apportant des conseils, des réseaux et surtout une écoute attentive.

L’échec, un mal français

Très vite la soirée se transforme en une table ronde où chacun écoute et donne son point de vue sur les questions et problèmes soulevés par les participants, notamment sur la perception de l'échec.

Il y a une vision française de l'échec qui en fait quelque chose de honteux et définitif. Quelqu'un qui échoue échouera toute sa vie. Parce que le problème de l'échec entrepreneurial, ce n'est pas tant l'échec en lui-même, mais plutôt la façon dont il est perçu et traité par l'ensemble de la société. Sujet presque tabou, celui qui traverse un échec souffre aujourd'hui de préjugés et se voit enfermer dans une case d'où il est quasiment impossible de sortir. On s'aperçoit que les entrepreneurs qui ont connu un échec peinent à retrouver la considération de leurs pairs et les moyens financiers pour rebondir.

Il y a cette curiosité linguistique que je voulais vous faire partager à propos de la tentative et de l'échec.

Du côté anglo-saxon on dit take a chance alors qu'en France on utilisera l'expression "prendre un risque". Prendre un risque comme si le simple fait d'essayer était quelque chose de dangereux, quelque chose à éviter. Mais éviter quoi ? Le coup gagnant ne se produit pas à chaque fois. Souvenez-vous, saviez-vous déjà lire quand vous avez ouvert un livre pour la première fois ? Les petites roues enlevées, vous vous sentiez d'attaque pour l'ascension du Mont-Ventoux ? Non.

L'entrepreneuriat c'est un peu pareil.

Pour changer cette représentation de l'échec, c'est peut-être tout le vocabulaire qu'on lui accole qu'il faudrait faire évoluer. Plutôt que d'échec, parlons de décrochage entrepreneurial. L'échec ce n'est qu'un moment, une photographie, un instantané qu'on peut garder et regarder avec le même regard que celui qu'on pose sur ces photos ingrates de nous-même au collège avec notre acné et notre appareil dentaire.

On ne devient pas l'entrepreneur de l'année comme ça par hasard. C'est un apprentissage permanent, où les coups durs et les décrochages arrivent. Changer les mots ne fera pas disparaître les liquidations judiciaires et les dépôts de bilan mais cela aura au moins le mérite de ne plus les associer à quelque chose d'extrêmement négatif et figé.

Mais si des échecs surviennent, ne faudrait-il pas se pencher sur ses véritables causes, à savoir les capacités du ou de la dirigeant/e à gérer et mener une entreprise.

Je ne dis pas que les entrepreneurs échouent parce qu’ils ne sont pas capables d’être dirigeants, mais plutôt qu’une des causes de leur échec peut résider dans une absence de préparation aux métiers de chef d’entreprise.  Devenir dirigeant c’est un apprentissage qui ne finit jamais et pour lesquels il faut être capable de porter la casquette du comptable, du manager, celle du responsable marketing et celle du chef d’atelier. Lorsque l’on devient dirigeant, la vision globale de l’entreprise, sa stratégie, les collaborateurs et leur développement ne doivent jamais être écartés.

L’échec entrepreneurial n’est pas une honte, mais une étape importante de la vie qui conduit à la réussite pour celui qui en tire les enseignements !

L'association Second Souffle

L’association s’est fixée pour mission de combattre la marginalisation (pour ne pas dire la discrimination) des chefs d’entreprises de TPE/PME qui ont subi un échec entrepreneurial, en mettant à profit leur propre expérience pour rebondir sur une nouvelle activité ou un emploi salarié.

Composée de chefs d’entreprises, d’élus locaux, de salariés et de bénévoles, l’association a pour ambition de faire évoluer la vision commune pour faire admettre que seul peut échouer celui qui a osé et que l’échec peut être une étape vers la réussite.

Les entreprises et organismes signataires de la Charte éthique et solidaire Second Souffle favorisent le retour à la création ou à l’emploi du chef d’entreprise. Cette charte encourage l’initiative individuelle et participe à la réhabilitation de celui ou celle qui a osé entreprendre.

Cette ambition s'inscrit dans une démarche de lutte/combat contre la stigmatisation de l'échec et fait tout pour que la société accorde une seconde chance aux entrepreneurs qui ont connu un accident de parcours.

Les Jeudis du Second Souffle (ex AfterFail)

Ils réunissent les chefs d'entreprises pour parler de leur échec autour d'autres entrepreneurs.

Un Jeudi du Second Souffle, c’est l’occasion idéale pour :

  • échanger pendant un moment de convivialité,
  • rompre la solitude du chef d’entreprise post-difficultés,
  • partager des expériences et des solutions après un échec,
  • développer un réseau actif en vue de recréer ou retrouver un emploi
  • apporter votre expertise aux participants

Vous souhaitez participer à un jeudi du Second Souffle ? Rien de plus simple, ils sont organisés tous les premiers jeudis du mois.

Plus d’infos ici

Noter cette actualité
  • Actuellement 5 sur 5 étoiles
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5