On vous prévient tout de suite, si au cours de cet article vous vous mettez à chanter " Libérée, Délivrée [...]" ça ne sera pas à cause de nous. L'air est venu tout seul dans votre tête. On préfère vous prévenir, parce que dans cet article le mot "libérée" va revenir un paquet de fois.

Mais là c'est l'entreprise qui sera délivrée. Rien à voir avec une Reine qui vit dans un pays froid.

C'est parti.

Une entreprise libérée. Déjà ça sonne bizarre. Ça voudrait dire qu'il y aurait des entreprises emprisonnées tandis que d'autres brisent leurs chaînes et se libèrent ?

En réalité on parle d'entreprise libérée pour faire la distinction dans l’organisation par rapport aux entreprises plus "classiques", celles qui ont une structure pyramidale, où les ordres partent d’en haut et sont exécutés en bas. Un modèle d'entreprise qui est très répandu. Vous savez c'est ce genre d'entreprise où il y a pléthore de formulaires à remplir à chaque fois que vous voulez prendre une initiative, un tas de règlements à respecter mais qui au final poussent à l'immobilisme de l'entreprise et de ses salariés, celle où il y a tout le temps des contrôles, des audits, des comités, des reporting, du blabla et encore du blabla. En gros dans ces entreprises on dit (ou impose) aux salariés comment ils doivent travailler. Et forcément en conséquence, les salariés sont moins motivés, moins performants et l'entreprise a du mal à innover.

Selon une étude de l’institut de sondage Gallup, en 2012 :

  • 11% des salariés s’estiment engagés (c'est à dire impliqués) dans leur entreprise
  • 65% travailleraient dans une relative neutralité
  • 28% des salariés se sentent activement désengagés (les démotivés qui montrent ostensiblement leur mécontentement, minant le moral de leurs collègues

Mais alors ça marche comment une entreprise libérée ?

Et bien les salariés s'organisent librement et ils sont responsables. Ils sont libérés de la hiérarchie et du contrôle. D'où l'expression "entreprise libérée".

Pour la petite histoire, c'est Isaac Getz qui a théorisé le concept d'entreprise libérée dans son ouvrage Liberté & Cie (Ed. Fayard 2012). A ses yeux l'entreprise libérée satisfait 3 besoins universels de l'individu :

  • L'égalité intrinsèque: se sentir traité avec considération, respect, confiance et bienveillance ;
  • Le développement personnel : réaliser pleinement son potentiel, acquérir de nouvelles compétences, s'enrichir culturellement ;
  • L'auto-direction : ne pas être contrôlé, être autonome et utiliser ses capacités de jugement.

C'est Isaac qui le dit.

Donc pour refaire un point, une entreprise libérée, c'est une entreprise où tous les salariés sont libres d'entreprendre les actions qu'ils estiment les meilleures pour leur entreprise. Si on réfléchit deux secondes, on se rend compte que c'est quand même le salarié qui connait le mieux le travail du salarié. Logique. Avec l'entreprise libérée c'est la fin des contrôles, de la surveillance et de la hiérarchie. Les dirigeants et les managers sont au service des salariés et peuvent se concentrer sur le développement des compétences, mettre en place des plans de formations et réfléchir plus sérieusement au bien-être de leurs salariés. Ce qui compte c'est l'objectif, pas la façon d'y arriver. Les employés s'organisent par eux-mêmes, ils n'ont plus de procédure archi détaillée à suivre, plus d'autorisation hiérarchique à demander et il n'y a plus de contrôleur externe à l'équipe.

Mais c'est une entreprise anarchique !?!

Non non non. Ce n'est pas la loi du plus fort qui règne dans ces entreprises. Pour que l'entreprise libérée puisse exister, il faut qu'elle se dote d'une véritable vision, qu'elle la partage et la fasse comprendre par tous les collaborateurs. Et bien évidemment, il faut instaurer des règles de savoir-vivre et surtout la hiérarchie doit peut-être revoir son ego à la baisse... Parce qu'au fond, ce n'est pas la taille du bureau qui fonde le respect ou assoit les compétences...

Une entreprise libérée, c'est aussi une entreprise qui fait de sacrées économies et qui est plus performantes.

Si si c'est vrai. Et c'est le Ministère Belge de la Sécurité Sociale qui va nous le prouver. Parce que oui, le Ministère Belge de la Sécurité Sociale a adopté le modèle d'une entreprise libérée et les résultats sont là :

Les salariés sont :

  • 2 fois moins malades
  • 6 fois moins absents
  • 55% plus créatifs
  • 9 fois plus loyaux

Et ça marche aussi pour des grosses boîtes comme celle fondée par Bill Gore,  W.L. Gore & Associates. Vous savez les tissus Gore Tex. Le choix de l'entreprise libérée, ils l'ont fait dès 1958 en inversant l'organisation pyramidale de leur entreprise et en laissant les salariés exercer librement leurs talents.

Le concept n'est pas qu'américain puisqu'en France, des entreprises comme Michelin, Kiabi ou encore Chrono Flex ont su franchir avec succès le cap de l'entreprise libérée.

A bon entendeur.

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