Les impayés

Le retard de paiement des factures par les clients peut être à l'origine de graves difficultés de trésorerie. C'est la raison pour laquelle le chef d'entreprise doit rester vigilant en effectuant régulièrement un suivi de ses comptes clients.

Le retard de paiement des factures par les clients peut être à l'origine de graves difficultés de trésorerie. C'est la raison pour laquelle le chef d'entreprise doit rester vigilant en effectuant régulièrement un suivi de ses comptes clients.
De plus, les chances de paiement se réduisant avec le temps, il est vivement recommandé d'agir rapidement le cas échéant.

A noter : un chef d'entreprise doit toujours avoir à l'esprit le calcul suivant : si son résultat net représente 5 % de son chiffre d'affaires, en cas d'impayé, il devra vendre l'équivalent de 20 fois cet impayé pour le compenser !

Le montant de la dette, l'importance du client, la fréquence des relations commerciales avec celui-ci seront autant d'éléments à prendre en compte pour adapter la forme et le contenu des actions à mettre en oeuvre pour le recouvrement des créances impayées afin de garantir l'éventuelle poursuite de bonnes relations commerciales.

A noter : l'huissier de justice est le professionnel hailité à vous proposer une chaîne intégrée du recouvrement de vos impayés, de l'amiable au judiciaire. Pour en savoir plus sur les actions des huissiers de justice.

Seules les actions en recouvrement les plus courantes sont présentées dans ce document.

Recouvrement amiable des créances

Lettre de relance

Le recours à une lettre de rappel est recommandé dès lors qu'un retard de paiement est constaté. Elle ne constitue cependant pas une étape préalable à la poursuite d'actions en recouvrement. Transmise par envoi simple et rédigée dans des termes courtois, elle permet parfois de connaître les raisons du paiement tardif et de pallier l'oubli d'un client sans l'offenser.

Il est conseillé d'adresser un ou deux courriers au maximum. En effet, la multiplicité des courriers de relance peut parfois démontrer un manque de crédibilité du créancier et se révéler inefficace.

Parallèlement à cette démarche, il sera souhaitable de refuser de nouvelles commandes avec un client retardataire ou de lui imposer un paiement comptant.

Mise en demeure de payer

Elle constitue une sommation de payer et permet souvent d'éviter un contentieux. Elle est un préalable souvent exigé par le tribunal, notamment dans la procédure d'injonction de payer.

Aucune mention obligatoire n'est exigée. Toutefois, elle doit être rédigée dans des termes suffisamment clairs et formels permettant d'établir une véritable interpellation.

La mise en demeure peut être envoyée par le créancier en lettre recommandée avec accusé de réception ou être transmise par huissier. Cette dernière modalité peut avoir un effet psychologique important surtout si la mise en demeure est remise en mains propres.

Cette procédure présente également les avantages suivants :
- si un contentieux est engagé, elle sert de preuve de la mauvaise foi du débiteur,
- et, elle constitue le point de départ des intérêts de retard dus par le client retardataire.

Droit de rétention

Il s'agit d'un moyen de pression efficace permettant au créancier de refuser de livrer ou de restituer au débiteur un bien (matériel ou marchandise) tant qu'il n'a pas été payé des sommes dues en vertu de l'exécution du contrat qui a justifié la remise de ce bien.
Ce droit peut être exercé sans effectuer, au préalable, d'autres démarches ou formalités.

Attention ! Un créancier qui exerce ce droit, ne peut pas vendre ou se servir du bien. Il doit, par ailleurs, en prendre soin. Le débiteur qui subit un préjudice du fait de la rétention d'un bien peut saisir la justice en vue de le récupérer. Si le juge accorde la restitution du bien, le créancier peut, dans certains cas, être condamné à verser des dommages et intérêts.

Recours à un cabinet de recouvrement
Des sociétés sont spécialisées dans le recouvrement de créances, parfois regroupées en fédération comme la FIGEC. Elles s'occupent alors des relances et des mises en demeure pour le compte de l'entreprise. Mais attention, cela a un coût, qu'il faut prendre en considération. Certaines d'entre elles ne prélèvent des honoraires qu'en cas de succès de la procédure de recouvrement, ce qui peut être une bonne solution.

Recouvrement judiciaire des créances

L'injonction de payer

Il s'agit d'une procédure de recouvrement judiciaire non contradictoire, rapide et peu onéreuse (environ 40 €) permettant d'obtenir un titre exécutoire sans avoir besoin de se faire assister d'un avocat.
Elle peut être utilisée pour obtenir le paiement d'une créance que le débiteur refuse de payer alors qu'il peut être concrètement prouvé que celle-ci existe.
Conditions
Il est possible de recourir à cette démarche si :
- la créance est certaine, c'est-à-dire que son existence est incontestable,
- son montant est déterminé,
- et sa date de paiement est échue.
Tribunal compétent

Le litige relève de la compétence :

- du juge de proximité (pour un litige d'un montant inférieur à 4 000 €) lorsque le débiteur n'est pas commerçant ou si la dette n'est pas de nature commerciale,
- du tribunal d'instance (pour un litige d'un montant compris entre 4 000 € et 10 000 €) ou du tribunal de grande instance (au-delà de 10 000 €) lorsque le débiteur n'est pas commerçant ou si la dette n'est pas de nature commerciale,
- du tribunal de commerce si le créancier et le débiteur sont commerçants ou si la dette est relative à un acte de commerce.
Le tribunal territorialement compétent est celui du lieu où le débiteur a son domicile.
Mise en oeuvre Une demande écrite doit être adressée au greffe du tribunal compétent.
Cette requête peut être établie à partir d'un formulaire type :

- le formulaire Cerfa n° 12948*03 pour une demande devant le président du tribunal d'instance,
- le formulaire Cerfa n°14896*02pour une demande devant le président du tribunal de grande instance,
- le formulaire Cerfa n°12946*01 pour une demande devant le président du tribunal de commerce.
Elle peut également être établie sur papier libre. Dans ce cas, elle doit comporter obligatoirement les mentions suivantes :
- nom, prénom, domicile et profession des créanciers et débiteurs (pour une société : raison sociale, forme juridique, siège social),
- montant de la somme réclamée et origine de la créance.
La requête peut être transmise par lettre simple ou être remise en mains propres au greffe du tribunal.
Il est également possible de remplir le formulaire en ligne, d'y joindre les pièces justificatives numérisées et de signer par certificat électronique.
Dans tous les cas, la demande d'injonction de payer devra être accompagnée des documents justifiant la créance : devis, facture, bon de livraison, lettre de relance, mise en demeure, reconnaissance de dettes.
Procédure
En cas de rejet de la requête par le juge, le créancier ne bénéfice d'aucun recours. S'il entend poursuivre le recouvrement de sa créance, il doit alors assigner le débiteur en justice.
Si le juge accepte la requête, il remet une ordonnance portant injonction de payer.
Le créancier a alors 6 mois pour faire signifier l'ordonnance, c'est-à-dire pour saisir un huissier en lui remettant une copie certifiée conforme de sa requête et de l'ordonnance rendue. L'huissier sera chargé de se rendre au domicile du débiteur pour l'avertir de cette décision.
Le débiteur a la possibilité de former opposition à l'ordonnance d'injonction de payer dans le mois suivant sa signification par huissier. En l'absence d'opposition dans ce délai, le créancier demande au juge d'apposer sur l'ordonnance la formule exécutoire.
En cas de non-paiement, une procédure de saisie pourra être mise en oeuvre par un huissier de justice.
Le délai d'opposition d'un mois doit être respecté en cas de saisie conservatoire.
Pour plus d'information, voir le site des greffes des tribunaux de commerce et la notice réalisée par le Ministère de la Justice L'injonction de payer européenne (IPE)
La procédure d'injonction de payer européenne est applicable aux seuls litiges transfrontaliers (c'est-à-dire les litiges dans lesquels au moins une des parties a son domicile ou sa résidence habituelle dans un Etat membre de l'Union Européenne autre que l'Etat membre de la juridiction saisie).
Cette procédure peut être utilisée quel que soit le montant de la créance. Elle vise le recouvrement de créances contractuelles pécuniaires, liquides et exigibles à la date à laquelle la demande est introduite.
La compétence juridictionnelle pour délivrer une IPE est, en principe, celle de l'Etat membre où le défendeur a son domicile, ou son siège social pour les personnes morales.
Pour plus d'information, se reporter au site internet de la Commission européenne dédié à l'IPE
L'assignation en référé-provision devant le tribunal

Cette procédure a pour but d'obtenir une provision sur les sommes dues dans un bref délai (15 à 30 jours en moyenne). Elle est assez peu coûteuse (environ 85 € + frais d'huissier).
Cette procédure est à conseiller, notamment lorsque le débiteur est au bord du dépôt de bilan.

Conditions :
Il est nécessaire que :
- la créance soit certaine, c'est-à-dire que son existence ne peut pas faire l'objet d'une "contestation sérieuse".
- et sa date de paiement soit échue.
Tribunal compétent
Les démarches doivent être effectuées auprès :
- du tribunal d'instance (pour un litige d'un montant inférieur à 10 000 €) ou du tribunal de grande instance (au-delà de 10 000 €) lorsque le débiteur n'est pas commerçant ou si la dette n'est pas de nature commerciale,
- du tribunal de commerce si le créancier et le débiteur sont commerçants ou si la dette est relative à un acte de commerce.
Le tribunal territorialement compétent est celui du lieu où le débiteur a son domicile.
Mise en œuvre Une demande écrite (avec la mention "référé" sur l'enveloppe) doit être adressée au greffe du tribunal compétent.
Elle doit indiquer notamment l'identité et les coordonnées des parties, le montant de la créance réclamée, et résumer l'objet de la demande et son fondement.
Il est nécessaire par ailleurs d'y joindre la copie de tous documents justificatifs.
A noter : l'assistance d'un avocat n'est pas obligatoire, mais ses conseils peuvent s'avérer utiles.
Procédure Le créancier doit adresser une assignation à son débiteur afin de l'informer de sa démarche.
Après examen de la demande et audition des parties, le président du tribunal rend sa décision sous forme d'ordonnance.

S'il estime la requête recevable et fondée, il accorde la provision et en fixe le montant.
Le créancier peut alors la faire signifier au plus tôt au débiteur, par huissier.
A noter : il est plus prudent de demander au débiteur l'exécution de l'ordonnance après le délai de 15 jours à compter de la date de signification par huissier qui lui est laissé pour faire appel.
Si le président du tribunal rejette sa demande, il peut soit :
- abandonner les poursuites,
- faire appel de cette décision dans les 15 jours suivant sa notification,
- assigner le débiteur en paiement «au fond» (voir paragraphe suivant).
Pour plus d'information, voir le site des greffes des tribunaux de commerce

L'assignation en paiement au fond

Cette procédure de droit commun permettant d'obtenir un titre exécutoire est plus longue et plus coûteuse. Les parties devront généralement, même si ceci n'est pas obligatoire, être assistées d'un avocat.
A noter : ces contentieux ne peuvent en général pas donner lieu à jugement immédiat. En effet, les parties peuvent émettre de nouvelles conclusions en réponse à celles de la partie adverse et demander des délais pour ce faire.
Tribunal compétent
Le litige relève de la compétence :
- du tribunal d'instance (pour un litige d'un montant inférieur à 10 000 €) ou du tribunal de grande instance (au-delà de 10 000 €) lorsque le débiteur n'est pas commerçant ou si la dette n'est pas de nature commerciale,
- du tribunal de commerce si le créancier et le débiteur sont commerçants ou si la dette est relative à un acte de commerce.

Le tribunal territorialement compétent est en principe celui du lieu où le débiteur a son domicile. Toutefois, si la demande de paiement résulte de l'application d'un contrat, le créancier peut librement choisir de saisir :
- le tribunal du domicile du débiteur,
- le tribunal du lieu de livraison effective des marchandises,
- ou encore le tribunal du lieu d'exécution de la prestation de services.

A noter : une clause attributive de compétence insérée dans un contrat conclu entre commerçants permet de déroger aux règles de compétence territoriale, et de choisir le tribunal à saisir en cas de litige, dès la signature du contrat.
Procédure La demande présentée devant le tribunal doit être formée par acte d'huissier assignant le défendeur à comparaître devant le tribunal à une date et à une heure déterminées.

Différentes issues sont possibles :
- soit le débiteur reconnaît sa dette, il est alors condamné à la payer et un échéancier peut être convenu,
- soit il conteste le bien-fondé de sa dette, il lui appartient alors d'apporter les éléments de preuve au juge afin que ce dernier puisse être en mesure de statuer.

Si le juge décide d'accorder un titre exécutoire au créancier, celui-ci devra faire signifier ce titre par un huissier de justice à son débiteur. A la suite de cela, et à défaut d'obtention du paiement, le créancier pourra :
- faire saisir et vendre, par un huissier, les biens du débiteur grâce à ce titre exécutoire,
- ou faire assigner le débiteur en redressement judiciaire.

Une précaution qui peut s'avérer utile : s'assurer

L'assurance crédit peut permettre à l'entreprise de se prémunir contre le risque normal de perte de créances.

Par ailleurs, de nombreuses compagnies d'assurances proposent des garanties " Assistance juridique " qui peuvent, pour certaines, prendre en charge les frais de procédure en cas de conflit, et notamment d'impayés.
Le recours à une telle garantie est souvent recommandé aux créateurs d'entreprises, qui ne disposent que très rarement d'une assise financière suffisante pour prendre en charge ces frais.

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